le futur : Le journal papier ?

Je tenais à vous parler de ces deux aventures…Dans ces moments où ça parait si difficile, le site d’informations ARTICLE XI (www.article11.info) sort son journal papier. L’Autre Journal, Michel Butel, ça vous dit quelque chose ? ci-joint son portrait paru dans Libération, il a quinze jours, ça vaut le coup d’être lu. Figurez-vous qu’il remet ça, un journal papier pas comme les autres au titre génial : L’impossible, avec pour sous titre, “à l’impossible nous sommes tenus”. Si vous pouvez, adhérez et/ou abonnez-vous. Et faites passez l’info. pour un avant goût  : www.limpossible.fr, lisez le manifeste, la chronique et même la rubrique “FAQ” vaut le détour !

Demandez l’impossible

Michel Butel. Hier candidat improbable à la direction du «Monde», le créateur de «l’Autre Journal» prépare un nouvel hebdo

Par EDOUARD LAUNET

Michel Butel ne sera pas le prochain directeur du Monde. C’est dommage pour le quotidien du soir, qui ne connaîtra pas la joie d’être guidé par un poète. Et c’est tant mieux pour Butel qui va pouvoir se consacrer pleinement à son nouveau projet : un hebdo de 64 pages petit format qui devrait voir le jour à la mi-mars. Ou peut-être début mai. Ou peut-être jamais. Son nom : l’Impossible.

Butel, c’est ce type qui complique sérieusement les déménagements de ceux qui ont eu entre 20 et 40 ans dans les années 80 : en plus de leurs bouquins, ils doivent trimballer toute la collection de l’Autre Journal, une revue mensuelle puis hebdo puis mensuelle puis défunte. Nous avons du mal à nous en séparer parce qu’il suffit d’ouvrir le moindre de ses numéros pour qu’en surgissent des voix, des vraies, qui racontent la vie avec d’autres mots et d’autres images.

Il s’est présenté devant le trio de sélectionneurs du Monde sans trop d’illusions, pour tenir à peu près ce langage : votre journal a une grande qualité, et beaucoup de défauts. La qualité, c’est son très beau titre, les défauts c’est à peu près tout le reste. Il s’agissait surtout pour Butel d’énoncer une millième fois son credo : un journal, cela doit être fait comme une œuvre d’art. Comme une sculpture, comme un roman. Ce n’est pas fait pour écrire «il y a eu 10 000 morts dans un tremblement de terre au Pérou» mais pour en faire ressentir les secousses. Pierre Bergé et consorts ont écouté poliment puis ont appelé le candidat suivant.

Butel n’a jamais eu de chance avec les quotidiens. En 1975, il lance l’Imprévu avec Bernard-Henri Lévy, 26 ans, rencontré via une amie écrivaine qui a croisé BHL chez Grasset. Echec au bout de quelques numéros sur fond d’engueulades entre les deux capitaines. Nouvelle tentative en 1989 avec le projet «16 Pages», quotidien national à bas prix que le Monde veut tester sur le marché du matin. L’aventure n’ira pas au-delà des numéros zéro, pour raisons stratégiques. En 2007, il n’y a plus que quatre pages format demi-berlinois dans le projet qu’il présente à André Rousselet. L’ami de Mitterrand dit oui, puis renonce. Le prochain coup, Butel proposera sans doute une simple feuille recto verso, comme les premiers journaux de l’après-guerre. Et la boucle sera bouclée.

Car c’est dans les journaux de la Libération que ce gamin juif a appris à lire, c’est de là que lui est venu ce goût insensé de la presse. Il venait de passer la guerre caché chez ses grands-parents en Isère. Il avait 4 ou 5 ans et, sur ces grandes feuilles imprimées, il devinait, plus qu’il ne lisait, les nouvelles qui annonçaient la reconstruction du monde et le retour à la vie. Il semble qu’il n’ait cessé, depuis, de courir après cette épiphanie.

Le parcours de Butel Michel n’est pas sans analogies avec celui de Genet Jean. Il n’a pas connu la colonie pénitentiaire de Mettray (Indre-et-Loire) mais a passé deux ans à l’institut psychopédagogique de Saint-Maximin (Oise). «J’étais vraiment fou», assure-t-il. Et il était révolté. Ce n’est pas qu’il avait des problèmes avec ses parents, c’est qu’il les haïssait. On ne saura pourquoi. Après Saint-Maximin, fréquenté de 12 à 14 ans, il n’est pas retourné chez lui. Il n’a pas passé le bac. Qu’a-t-il fait ? «Rien». Si, il a lu, tout et le reste, de Borges à Lowry, de Salinger à Hugo. Membre de l’Union des étudiants communistes (UEC), c’est chez Shakespeare qu’il ira pêcher son pseudo : Elseneur. Plus tard, il songera à en faire son nom de famille mais les démarches auprès de l’état civil s’annonçaient trop compliquées. Il fut viré de l’UEC parce qu’il n’était pas étudiant.

Qu’a-t-il fait de cette jeunesse de rage ? On ne le saura pas non plus. Tout juste apprend-on que sa quête effrénée de fonds pour créer un journal l’a conduit un court moment en prison, parce que cette soif de papier journal ne pouvait pas toujours être contenue dans les limites de la légalité. Il a même voulu participer à un jeu radiophonique de Pierre Bellemare, espérant décrocher un lot substantiel, c’est dire.

Devant nous ce matin, face à un petit crème très blanc, Michel Butel n’est sans doute pas très différent de celui qu’il fut à Saint-Maximin : même envie, même asthme (plus ou moins contenu désormais par les broncho-dilatateurs), mêmes rêves, tignasse toujours épaisse. Cet écrivain à l’âme d’enfant a désormais trois fils, une fille et des petits-enfants. Maintenant il veut l’Impossible. Pas comme un soixante-huitard «réaliste» (bien que de sensibilité d’extrême gauche, il ne fut ni trotskiste ni maoïste). Il réclame l’impossible parce que, dit-il, «tout ce qui est possible se consume». Il y a davantage de désir chez cet homme de 70 ans que chez une palanquée d’enfants des années 2000. Le désir est ce qui est mort avec le troisième millénaire et la «révolution numérique». Son nouveau journal sera l’étincelle qui remettra le feu à la plaine. Ou peut-être pas. Peut-être que la plaine n’est plus inflammable.

Dans le château d’Elseneur, Hamlet se fait passer pour fou. «Mourir, dormir, rien de plus… et dire par ce sommeil que nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur.» En attendant cette issue parfois désirée, pourquoi ne pas tenter diverses choses ? Le premier numéro de l’Autre Journal version hebdo contenait une grille de mots croisés dont le I horizontal répondait à cette définition : «Où allons-nous chercher tout ça ?» en dix lettres. Solution en bas de cette page (1). Il y avait aussi un édito de Butel qui commençait ainsi : «Comment se forme-t-elle, l’âme humaine et ensuite ses décisions, ses mouvements, sa respiration ?» A cette nouvelle énigme, donnons la réponse tout de suite : «Elle se forme dans une prison qu’elle subit et qu’elle invente, les mots de la famille, les émotions de la tribu, les désarrois provisoires ou recommencés de son propre corps.» Comme quoi, dans le genre autobiographique, Butel a su faire beaucoup plus court que Keith Richards.

Ceux qui ne connaissent pas Saint-Maximin apprendront ici que les carrières de pierre (calcaire lutétien) de ce village aplati par les bombes de la Deuxième Guerre mondiale ont donné à Paris ses plus beaux monuments. Son maire est communiste, et sa mélancolie sans bornes. Butel dit avoir passé deux années merveilleuses là-bas. Aujourd’hui il vit de rêves, d’une foi désespérée en l’avenir et, croit-on savoir, du soutien de quelques amis pour boucler les fins de mois. Il lui faudra 20 000 nouveaux amis pour que vive l’Impossible, vendu 2 euros. La souscription est ouverte sur www.limpossible.fr. «Si je devais attendre d’avoir l’argent pour lancer ce journal, j’attendrais mille ans. Alors c’est le journal qui trouvera l’argent.»

(1) Imaginaire.

Posté le: 16 février 2011
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Paroles de participants (1)

Petite cour de récré, composées de paroles entendues au hasard des conversations.

“l’avantage des journées de séminaire, c’est qu’on peut remettre les mêmes chaussettes le lendemain” (dixit un poète-anarcho-artisan-artiste)

Posté le: 16 février 2011
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la pratique amateur

Aujourd’hui à Noirlac, la question va être soulevée de la pratique amateur.

Ce matin, en travaillant sur le programme des Futurs de l’Ecrit, l’évidence m’apparait : nombre des chantiers (9 sur 13) ont lieu avec des groupes d’enfants et d’adolescents scolarisés. Peut-on parler d’amateurs dans ce cas ? Si j’en crois mon expérience par ailleurs d’ateliers menés en collèges, lycées, écoles ces dernières années, sauf dans les cas très rares d’élèves volontaires pour constituer un groupe qui s’organise en dehors des heures de cours, les élèves participant ne sont pas encore des amateurs. Le professeur (ou les professeurs) qui organise et se démène pour que l’atelier trouve et son financement et sa réalité au coeur de l’établissement, est la plupart du temps un grand amateur, dans le beau sens de ce mot. (quelque soit le domaine en jeu : arts plastiques, théâtre, vidéo, danse, etc…).

Lors de mes ateliers, je cherche avant tout à leur transmettre le goût du jeu, de l’essai, de l’erreur gaie et riche de sens, de la recherche, de l’inconnu, de l’improvisation, de la dynamique de groupe. Bien sûr, j’essaie de leur donner quelques repères dans mon domaine (celui de la parole et du théâtre), et qui sait, certains deviendront amateurs… Mais l’essentiel est dans le jeu et ces en-jeux.

Qu’en est-il avec un groupe d’amateurs ? Pour ma part, le jeu est toujours au coeur de la démarche, mais s’ajoute une volonté de vouloir apprendre, maîtriser, un certain conscience à la fois de ce qui est recherché et du vaste espace inconnu et infini à parcourir à chaque fois que l’on remet un ouvrage sur la table. Et puis être amateur, c’est pratiquer à la fois en tant que spectacteur et/ou lecteur et/ou public, et à la fois en s’essayant soi-même à ce que l’on aime. Je ne connais pas d’amateur d’opéra, qui même sans avoir jamais pris de cours de chant, ne chante ou fredonne lui-même quelques airs.

Dans ce projet qui réunit tant de partenaires, il faudra peut-être que nous nous interrogerions sur la nécessité de remettre la pratique amateur comme socle principal, notamment pour faire en sorte que tous les élèves qui participent dans un cadre scolaire, puissent aussi à cette occasion, cotoyer le plaisir d’oeuvrer par choix.

Posté le: 16 février 2011
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Le Blog des Futurs

Mardi 15 février.

Troisième séminaire à l’Abbaye de Noirlac pour le colloque lié aux Futurs de l’Ecrit, prévu en octobre 2011.

Un peu moins de quatre mois avant le week-end des Futurs de l’Ecrit, les 11 et 12 juin prochains.

Une petite halte à mi-chemin, moi qui n’est pas pu me rendre physiquement à Noirlac ce jour.

Je ne sais même pas si c’est précisé quelque part sur ce blog : m’a été confiée la mission de faire un regard extérieur, une « mise en ondes » des 26 projets qui vont être présentés lors de ce week-end.Un travail de logistique sensible, musical presque, comment trouver un tempo, une fluidité, une convivialité pour que ces oeuvres et l’Abbaye se rencontrent, se répondent ?

Beaucoup de préparations, de discussions, d’ajustements, pour que chacun, les artistes, les structures partenaires et les participants (plus de 450 !) s’emparent de ce lieu simple et majestueux, et que la rencontre avec le public puisse avoir lieu. Exactement comme préparer une fête, un mariage, des heures de mise en place, et si tout se passe bien, la sensation d’une durée proche de celle d’un battement de paupières.La mise en place de tout ce processus est notamment mené par Fabienne Taranne, chargée de production à Noirlac, puis pour la partie technique, par Maxence Cornu, le directeur technique de l’Abbaye.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Pour avoir une idée de l’ampleur de la communauté humaine que réunit ce projet, et encore j’en oublie…

A vrai dire, la seule à avoir rencontré chacun des membres de cette communauté éphémère, c’est l’Abbaye elle-même. Cette année, quasi tous les participants sont venus visiter ou re-visiter l’Abbaye. Le point commun et le point de rencontre entre nous tous, c’est ce lieu.

Ce blog est sensé nous donner un autre lieu de rencontres et de partages, mais l’on voit bien combien il est difficile de transmettre au fur et mesure que se déroule le travail des chantiers et les séminaires, le goût et les fruits de ces aventures.

Tout d’abord, une question de temporalité : tous les ateliers ne se déroulent pas au même moment, ni sur les mêmes rythmes.Pour l’instant, 7 ateliers parmi les 13 lancés pour les futurs de l’Ecrit n’ont pas commencé ou alors à peine débuté (1 séance uniquement a eu lieu).Ce que nous appelons chantier, c’est environ 7 à 10 séances de travail en tout, parfois moins. Ce n’est pas rien et pourtant. On sait le temps que prend toute pratique que l’on veut un minimum approfondir, c’est-à-dire un temps quasi-quotidien, mais voilà, ce temps est imparti par les finances, par la disponibilité des uns et des autres, par une certaine réalité à laquelle nous nous adaptons bon gré, mal gré.Le maniement des outils numériques prend lui aussi pas mal de temps. D’abord pour en connaître les usages, et il reste que le temps de réflexion, de rédaction (que ce soit de l’image, du son, des signes, etc) est incontournable. Et puis, au-delà de la technique et du temps, reste le coeur battant : que dire ? Quelle nécessité ? Lors des rencontres avec Emmanuel Moreira, webmaster de ce blog, des idées surgissent pour se saisir de l’occasion d’écrire, filmer, enregistrer pour ce blog, en l’intégrant au processus de travail. Tout cela demande de faire un pas de côté, après l’atelier, d’y revenir, d’y réfléchir, bref, presque un autre atelier en soi, et que c’est déjà tellement prenant de s’engager dans une démarche, alors de la poursuivre par une autre, même si on est convaincu que revenir sur ce que l’on a fait, en en témoignant d’une manière ou d’une autre, c’est par là-même enrichir cette expérience.

Si vous participez d’une manière ou d’une autre à ces Futurs, je vous encourage à tenter l’aventure par jeu, par curiosité, pour voir ce que ça fait ou pas…Passez le mots aux participants eux-mêmes surtout, ce blog est le leur avant tout.

Posté le: 16 février 2011
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En creux

Lundi 1er novembre, jour en creux.
Je pense à l’Abbaye de Noirlac. Je pense à chacun d’entre vous entrain de préparer, réfléchir, oublier, marmonner, quelque chose pour les Futurs de l’Ecrit. Je pense aux premiers mots, regards échangés, lors de deux premiers séminaires à Noirlac et lors de rendez-vous concernant ce blog. Je découvre moi aussi chacun des ingrédients, pour une recette encore inconnue, plat à servir en juin 2011… Je me demande ce que ce sera, comment veiller sur ce que ce sera, comment accompagner ce que ce sera, et je réfléchis à comment préparer un espace-temps en creux le plus accueillant possible pour recevoir.
Je vais me balader sous la pluie, me balader sur ce blog pour réécouter ce qui s’est dit, me balader dans mon livre du moment, Devant la parole, de Valère Novarina, éditions P.O.L.

Extraits :

Qu’est-ce que les mots nous disent de l’intérieur où ils résonnent ? Qu’ils ne sont ni des instruments qui se troquent, ni des outils qu’on prend et qui se jettent, mais qu’ils ont leur mot à dire. Ils en savent sur le langage beaucoup plus que nous. Ils savent qu’ils sont échangés entres les hommes non comme des formules et des slogans mais comme des offrandes et des danses mystérieuses. Ils en savent plus que nous, ils ont résonné bien avant nous ; ils s’appelaient les uns et les autres bien avant que nous soyons là. Les mots préexistent à ta naissance. Ils ont raisonné bien avant toi. Ni instruments, ni outils, les mots sont la vraie chair humaine et comme le corps de la pensée : la parole nous est plus intérieure que tous nos organes de dedans. Les mots sont plus à l’intérieur de toi que toi. Notre chair physique c’est la terre, mais notre chair spirituelle c’est la parole, elle est l’étoffe, la texture, la tessiture, la matière de notre esprit.(…)

Parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas échanger et troquer – des idées, des objets – parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée, parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. Le monde est par nous troué, mis à l’envers, changé en parlant. Tout ce qui prétend être là comme du réel apparent, nous pouvons l’enlever en parlant. Les mots ne viennent pas montrer des choses, leur laisser la place, les remercier poliment d’être là, mais d’abord de les briser et les renverser. “La langue est le fouet de l’air”disait Alcuin, elle est aussi le fouet du monde qu’elle désigne. (…)

Penser n’est pas avoir des idées, jouir d’un sentiment, posséder une opinion, penser, c’est attendre en pensée, avoir un corps et esprit en accueil. La pensée ne saisit pas , ne possède rien, elle veille, elle attend. De même, parler ce n’est pas avoir quelque chose à dire et savoir s’exprimer, mais c’est attendre aussi la parole. la parole est toujours comme une danse d’attente qui attendrait la parole. Non quelque chose qui émet mais quelque chose qui reçoit.

Posté le: 3 novembre 2010
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