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Séance du 14 octobre 2010. La lecture.

Intervention de Bernard Stiegler sur la question de l’écriture et de la lecture.

Comment fallait-il entendre le mot écrit dans “Les futurs de l’écrit” ?
Pour Bernard Stiegler l’écriture est une façon de transformer le temps en un volume. Ou autrement l’écriture est un processus de spatialisation du temps, ou encore, un processus de grammatisation (Sylvain Auroux).

Il existe plusieurs formes d’écritures : l’écriture de la musique (partition, phonographe), de la perception (photographie ) mais aussi des gestes (machines outils) et du système nerveux (informatique).
Ce qui nous interessera dans ce processus est qu’il est un pharmakon : A la fois un poison et un remède.

Son intervention se terminera par cette question : “Quel est ce “nous” que nous employons, qui désigne ce “nous” ou qui ne désigne t-il plus ? Voilà la question que nous adresse la grammatisation numérique.

Ressources : Wolfgang Iser, L’acte de lecture. Théorie de l’effet esthétique (1976)


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Intervention d’Alain Giffard. La lecture comme technique de soi de l’Antiquité à nos jours.

“C’est au point précis ou se croise le markéting des médias générationnels et le groupe dit des “natifs du numérique”, c’est-à-dire là où le conflit pour le contrôle de l’attention des enfants et la définition de la lecture de référence est le plus ouvert que se situent les risuqes véritables d’une catastrophe cognitive et culturelle qui n’a pas d’autre origine que l’oubli de la lecture comme technique de soi.” Alain Giffard

Alain Giffard, nous propose une approche de la lecture où le lecteur est scripteur.
Cette intervention s’inscrit dans une réflexion ménée par Ars industrialis :

  1. Une critique radicale de la société de la consommation comme frontalement opposée à la culture de soi.
  2. Un travail sur la relation entre les technologies de soi et les technologies de l’esprit.


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Discussion avec la salle


Comment faire ensemble ? Séance du 16 septembre 2010

Comment faire ensemble ?

… sur un territoire, avec des artistes et avec le numérique, pour s’en servir non seulement comme une trace, mais aussi et surtout comme un véritable outil de travail, d’abord dans les chantiers artistiques, et d’autre part avec le public.

Les Futurs de l’écrit 2010-2011
Séminaire du 16 septembre 2010 – Compte-rendu

Séminaire animé par Bernard Stiegler, Francine Vidal, Emmanuel Moreira et Paul Fournier

Vidéo 1 : Présentation des artistes et des chantiers


Présents :
Artistes impliqués dans les chantiers artistiques :

Stéphane Kéruel
> chantier artistique en partenariat avec La Carrosserie Mesnier : de l’écriture à la mise en scène auprès d’un public d’adolescents et d’adultes / Proposition personnelle : Et donc, je m’acharne (théâtre)

David Sire > chantier artistique en partenariat avec Les Bains Douches : création de chansons avec des élèves d’une classe de CM2 de Lignières (terrasses au dessus du cloître) / Proposition personnelle : En roue libre (concert) (dortoir des convers)

Frédéric Forte > chantier artistique en partenariat avec Les Mille Univers et l’Ecole Nationale d’Art de Bourges (ENSAB) : atelier d’écriture auprès d’étudiants de l’ENSAB / chantier artistique en partenariat avec Les Mille Univers : atelier d’écriture et création d’un ouvrage avec une classe de 5ème du collège Jules Verne (Bourges) (chambre de moine). / Proposition personnelle : lecture-concert avec un trio de musiciens (extérieur)

Marc Blanchet > chantier artistique en partenariat avec Accueil § Promotion : atelier d’écriture auprès d’un public d’apprenants et de lycéens en sciences médico-sociales

Compagnie Pace > chantier artistique en partenariat avec Accueil § Promotion : travail de lecture théâtralisée avec les apprenants à partir des textes écrits en atelier avec Marc Blanchet (dortoir des convers) / Proposition personnelle : lecture de textes de Marc Blanchet (dortoir des convers)

Thierry Crifo > chantier artistique : atelier d’écriture auprès d’une classe de 3ème du collège Jean Moulin (Saint-Amand-Montrond) / Proposition personnelle : une lecture (à confirmer)

Hervé Bezet > chantier artistique : création d’une installation hybride entre arts plastiques et performance avec une classe de 5ème du collège Edouard Vaillant (Vierzon) / Proposition personnelle : Still Life (installation multimédia) (chambre de moine)

Laurent Fraunié > chantier artistique en partenariat avec la Maison de la Culture de Bourges : travail autour du théâtre d’objets auprès d’un public d’adultes (chambre de moines) / Proposition personnelle : Strip-tease de bananes (fulgure – théâtre d’objets) (réfectoire)

Philippe Zunino > chantier artistique en partenariat avec Bandits-mages : création d’un docu-fiction avec des élèves option cinéma audiovisuel du Lycée Edouard Vaillant (Vierzon) / Proposition personnelle : projection de courts-métrages Filmer le Travail

Damien Bouvet > chantier artistique en partenariat avec Les Mille Univers et l’Ecole Nationale d’Art de Bourges (ENSAB) : création sonore à partir des textes écrits en atelier avec Frédéric Forte / Proposition personnelle : Vox (théâtre corporel et création sonore) (dortoir des convers)

Marion Métais > chantier artistique en partenariat avec la FOL18 : atelier chorégraphique auprès de deux classes de CM2 (Bourges et Vierzon) sur la notion de silence (abbatiale) / Proposition personnelle : Les Silences (duo de tango contemporain) (réfectoire)

Nathalie Blanchard > chantier artistique : atelier photos auprès de deux classes de 3ème du collège Béthune-Sully (Henrichemont) sur Berlin, la frontière et la trace (cachot) / Proposition personnelle : exposition photo grand format sur la posture urbaine dans un décor rural (allée des tilleuls, murets)

Nicolas Diaz > chantier artistique : atelier arts plastiques auprès d’une classe de 5ème du collège Le Colombier (Dun-sur-Auron) (chauffoir) / Proposition personnelle : work in progress plastique (allée des tilleuls)

Artiste ami non impliqué dans un chantier artistique :
Olivier Bordaçarre, auteur-comédien-metteur en scène

Excusée :
Mathilde Kott > chantier artistique : travail de lecture théâtralisée et création sonore avec les élèves à partir des textes écrits en atelier avec Thierry Crifo (parc) / Proposition personnelle : Le Manège (extérieur)

Vidéo 2 : Intervention de Bernard Stiegler


La collaboration qui est en train de se nouer entre Bernard Stiegler et l’abbaye de Noirlac s’inscrit dans le cadre du travail que Bernard mène avec Ars Industrialis, association dont il est le président. En effet, ces travaux croisent les préoccupations du Centre culturel de rencontre de Noirlac, notamment dans le cadre des Futurs de l’écrit où il est particulièrement question d’attention et de territorialisation du travail.

Le système consumériste actuel, celui notamment de l’industrie culturelle, a mené à une destruction de l’attention. N’étant pas une faculté innée mais bien psychique et sociale – la société n’existe pas sans cette faculté d’attention – il est primordial aujourd’hui d’inventer les outils permettant de créer l’attention, ou plutôt de recréer une attention compatible avec l’appréhension d’une œuvre contrairement au modèle attentionnel actuel fondé sur le consumérisme. C’est bien ce qui se joue au cœur du projet développé par le Centre culturel de rencontre de Noirlac et particulièrement dans Les Futurs de l’écrit : lutter contre ce modèle attentionnel consumériste.

Par ailleurs, le territoire rural que représente le Cher a une aventure à vivre grâce à la mutation des médias. Avec l’apparition des technologies numériques, et notamment du web, sont apparus de nouveaux comportements d’amateurs non suscités parmi lesquels des investissements non consommateurs (publication de textes, de vidéos, de MP3…). L’écriture numérique est devenue un élément de contexte pour la relation aux amateurs. C’est sur ce constat et les questions induites que le colloque préliminaire aux Futurs de l’écrit va se construire.

Ce colloque sera le résultat d’un processus auquel les artistes, les partenaires et les participants des Futurs de l’écrit seront associés. Trois séminaires préliminaires jalonneront les chantiers artistiques et viendront nourrir le colloque. Au cours de ces séminaires, il s’agit d’irriguer le travail de chacun grâce à l’intervention de personnalités extérieures qui, en plus de Bernard Stiegler, apporteront des outils (concepts) et des matières (témoignages). Ainsi, le 14 octobre prochain sont invités Alain Giffard qui viendra parler de la lecture et de l’écriture numérique, et Phillipe Mouillon, artiste grenoblois qui mène un travail auprès d’un territoire urbain.

Enfin, la question de la visibilité et de la trace est une question majeure dans un projet comme Les Futurs de l’écrit. Emmanuel Moreira, journaliste et fondateur de la webradio A bout de souffle, a été missionné pour construire la plateforme de blogs des Futurs de l’écrit.  Chaque chantier artistique pourra alimenter son blog. Enfin chaque séminaire, et in fine le colloque, seront captés : les montages vidéo seront mis en ligne et indexés à l’aide de Ligne de Temps, le logiciel développé par Bernard Stiegler en collaboration avec l’IRI permettant la création d’un moteur de recherches d’images.
Ce blog permettra donc le suivi du work in progress, y compris pour des publics intéressés par Les Futurs de l’écrit mais qui ne pourront pas s’y rendre, et présentera un véritable outil de travail pour la mise en œuvre des chantiers artistiques. L’enjeu de cette plateforme dépasse la seule optique de communication.


Vidéo 3 : Discussion ouverte


Après une présentation concrète de la plateforme de blogs, suit un échange avec les artistes associés aux chantiers artistiques.
Cet outil ouvre de nouvelles perspectives grâce à la notion de work in progress et offre un nouvel espace de monstration malgré tout lié à l’abbaye : les notions cinématographiques de « champs » et « contrechamps » sont parfaitement appropriées pour qualifier l’intérêt de cette plateforme vis-à-vis du monument. Il faut néanmoins garder une certaine vigilance sur ce qu’on décide de montrer sur le blog et sur les interprétations que ça peut générer. En effet, l’objectif des blogs est de donner envie de venir voir le résultat à la Pentecôte 2011 plutôt que faire croire au public que les extraits vidéos remplacent le spectacle. Dans le cas de la danse, la vidéo doit être perçue comme une transmission de l’écriture chorégraphique et non comme un spectacle en soi. C’est aussi le travail éditorial d’Emmanuel Moreira qui va éviter les dérives d’interprétation : il s’agit bien d’une mise en ondes et non d’une distorsion de la réalité.
Outre l’aspect communication, la plateforme de blogs peut être, et doit être avant tout, utilisée comme un outil de travail interne au chantier artistique grâce à la transmission d’informations. Ce sera un outil primordial pour les chantiers qui croisent des publics par exemple.
Néanmoins, voir c’est montrer et pour montrer, il faut du sens : c’est bien là l’enjeu de la plateforme de blogs. En tant qu’outil de travail, le blog permettra également de cultiver une intériorité et de partager cette intériorité avec des personnes inscrites dans la même démarche. A l’image de la caméra embarquée d’un navigateur solitaire, le blog sera le « confident » des réflexions du groupe et de l’artiste associé. Ou encore un carnet de bord comme lors d’une résidence de création par exemple. Il permettra de comprendre la génétique des œuvres ; il montrera la fragilité, les doutes, les erreurs, la manière de chercher même s’il est important de garder une part de mystère. Le blog du chantier artistique sera une invitation à entrer dans la cuisine mais sans découvrir les secrets de fabrication.
Reste le problème du temps : il est certain que l’utilisation du blog est chronophage. Seule de la matière brute pourra être insérée dans les blogs si besoin : ce sera le rôle d’Emmanuel Moreira de récupérer cette matière et de l’indexer, de porter un regard extérieur et de créer le lien grâce son propre blog. Francine Vidal, elle aussi, aura la possibilité d’intervenir et de faire sens sur son blog.

Pour conclure la journée, Francine Vidal revient sur la demande de l’équipe de Noirlac de trouver un rapport « non-frontal » avec le public lors du week-end de restitution. Il s’agit bien de s’inscrire dans l’abbaye avec toutes ses spécificités et de réfléchir à l’intention qu’on donne pour créer les conditions de l’attention. Concernant les propositions personnelles des artistes, il ne s’agit pas d’inventer autre chose mais plutôt de réinventer la matière qui existe déjà et de voir comment l’abbaye peut nourrir cette matière.

Au final, avec le travail sur la plateforme de blogs, les rencontres dans le cadre des séminaires et du colloque, l’enjeu est de créer une communauté artistique qui organise une grande fête les 11 et 12 juin 2011 à l’abbaye de Noirlac.